LA CHAPELLE SAN MICHELE.



SAN MICHELE

( 8 mai - mais honoré le 29 septembre à Altiani)

d'après les études de Geneviève Morracchini-Mazel et

les commentaires et photos d' Elisabeth Pardon, lors de sa visite effectuée à

l'initiative de l'Association Campa in Altiani. 

 

 

Statue de San Michele dans l'église paroissiale d'Altiani

 

 

 On lit dans " La Vie des Saints ":  "Le culte de San Michele est ancien et, presque partout où l'on peut arriver à saisir ses origines, on constate que l'Archange s'est substitué à une divinité païenne et a hérité de quelques unes de ses attributions... Près de Constantinople, où, dès le IV ème siècle, il eut une église, il remplaça un dieu médecin, qui était sans doute Esculape. Comme à Epidaure, les malades s'endormaient dans le sanctuaire, et l'Archange leur indiquait en rêve le remède qui devait les guérir. En Gaule, San Michele prit la place de Mercure sur les lieux élevés... etc".

 Le "Dictionnaire d'Archéologie chrétienne" établit, d'ailleurs, le parallèle entre Mercure et Michele: " En Occident, le culte de San Michele a commencé de bonne heure, mais c'est dans les dernières années du V ème siècle qu'il s'affirme d'une manière éclatante par l'apparition de l'Archange sur le mont Gargan, le 8 mai 492. Ce jour fut désormais consacré à son culte, et la caverne où il s'était manifesté devint, dès lors, le lieu de pélerinage le plus célèbre de l'Italie méridionale..."

 Les Lombards, fondateurs au VI ème siècle du duché de Bénévent, furent les premiers à fréquenter le sanctuaire du mont Gargan. Leur dévotion à San Michele fut si débordante que, non seulement ils le choisirent comme patron national, mais encore frappèrent son image sur les monnaies et lui dédièrent leurs plus belles églises: Pavie compte jusqu'à 7 églises sous le nom de San Michele.

Il n'est pas douteux qu'en Corse comme ailleurs l'Archange Michele ait remplacé d'anciens lieux de culte préhistoriques ou romains, soit sur les montagnes, soit sur des lieux de passage ou de rencontres.

 

Un cas typique est, bien sûr, San Michele di Castellare, dans la pieve de Mercuriu, mais il en est d'autres. Cette transition a pu se faire dès les V ème et VI ème siècles. Il serait intéressant de pouvoir observer la trace de précédents édifices sur les rochers où San Michele est honoré. C'est ainsi qu' à San Michele di Siscu, nombreuses sont les entailles et encoches visibles tout autour de la chapelle du XI ème siècle. On constaterait alors que Michele, succédant à Mercure, est presque une constante, comme l'a souligné F. Benoit.



San Michele di Castellare                      San Michele di Siscu

 

 

 

Plusieurs sanctuaires de Corse appartiennent sûrement au Haut Moyen-Age (maçonneries comparables à celles de San Petruculu d'Accia, à Quercitellu, vers le VII ème siècle), mais quelques uns ont peut-être remplacé, au même endroit, des monuments plus anciens.

Le cas de l'abbadia San Michele, à Vezzani - chapelle aujourd'hui sans carctère, rebâtie avec les pierres des édifices précédents - serait particulièrement utile à cerner grâce à ces pierres de remploi ( VII ème siècle ?, à cause de la taille ) et aux fondations des murs encore visibles autour de l'abbadia actuelle. Il se pourrait que ce ne soit pas le premier San Michele qui ait été élevé sur ce promontoire - d'où la vue est superbe sur la mer orientale - , ancien carrefour de voies muletières.

A Ventiseri, la légende dit qu'un veau d'or est enterré sur le mont Cuccaru. San Michele a été honoré, au moins depuis le Haut Moyen-Age, dans les divers édifices qui se sont succédés au voisinage de cette haute colline. On aimerait savoir quels rites s'y pratiquaient à l'époque pré-chrétienne.

Dans le Niolu, au moins deux chapelles étaient dédiées à San Michele, à Calacuccia et à Albertacce.

Dans la pieve de Rogna, la chapelle San Michele d'Altiani tenait le rôle d'église paroissiale de l'ancien village du Petraghju, avant qu'il ne soit abandonné par ses habitants ( voir page "Evolution du site") au profit du village actuel ( XVI ème siècle). L'Archange y était encore fêté, dans les années 1930-1940., le 29 septembre.


 
chapelle San Michele à Altiani

 

2 photos de G. Morrachini-Mazel datant de 1951.

( collection FAGEC )

 

 

 

 

 

chapelle San Michele à Altiani, aujourd'hui.

 

Cette chapelle figure sur la carte E.M. Corse S.O. au point 574,1-217,1 et elle est portée en plan sur l'ancien cadastre d'Altiani à la section C -feuille 1.

 

 

cadastre d'Altiani

 

En 1589, Mgr. Mascardi avait visité cette église, alors paroissiale:

" ... elle se trouve à un demi-mille des habitations..., ses murs sont peints en partie... elle a deux portes... elle n'est pas assez lumineuse, avec une fenêtre unique... ses revenus atteignent 42 aurei enterre et en prémices; on y célèbre le jour de la fête et à l'occasion des funérailles; il n'y a pas de campanile, mais uns cloche est pendue à un arbre dans le cimetière... son autel se trouve sous une abside pleine...".

Elle se trouve à 15 minutes de marche du village, et ne sert plus au culte. Sa charpente s'est effondrée durant les années 1950, mais les murs ne sont pas encore trop dégradés. Le nef unique se termine à l'est par une large abside semi-circulaire voûtée en cul-de-four. A l'intérieur, la nef, qui a 13,86 m de longueur et 6,88 m de largeur, est entièrement crépie; on devine cependant que l'arc triomphal est fait de claveaux assez bien taillés. Au XVIII ème siècle, on avait séparé la nef de l'abside par un grand mur établi à l'aplomb de cet arc, et on avait disposé l'autel contre ce mur.

 

 

Photo prise par G. Morrachini-Mazel en 1951

( collection FAGEC )


 

Photo prise par M.J. Rossi en 2011

 

 

La belle fresque, située derrière  l'autel, se détériore un peu plus chaque jour et a pratiquement disparu aujourd'hui. Seules quelques traces apparaissent encore sur le mur.

 

 

 


 

 

 

 

 

 

 

                        la fresque en 1970 (cliché JP. LUCIANI)

 

la fresque en 1951 (cliché G.MORACCHINI-MAZEL, collection FAGEC)                                                                     

 

 

restes de la fresque, aujourd'hui

 

 Dans toute sa gloire passée, cette peinture murale au-dessus de l'autel, oeuvre du XVIII ème siècle, dont il ne reste, hélas, que peu de chose, devait, sans doute, nous rappeler, l'Archange San Michele entrain de terrasser le Diable. En effet, on distingue un élégant décor végétal, deux angelots dont le visage a viré de couleur (oxydation) et, surtout ce glaive de feu brandi d'une main ferme.

 

 

 

 

On retrouvera le même thème exprimé dans l'église paroissiale Maria Annunziata d'Altiani.

 

Les maçonneries sont en partie crépies, en façade surtout, et sont donc peu faciles à observer. Toutefois le mur extérieur de l'abside, qui a perdu son crépissage, montre un appareil grossier de pierres éclatées plutôt que taillées, qui nous rappelle celui de l'abside de san Petruculu d'Accia ( fin du VI ème siècle).

 

mur extérieur de l'abside

 

Le crépi est aujourd'hui largement tombé à l'extérieur, mais il reste en place sur le mur sud.

Les trous de charpente sont apparents et la petite fenêtre de l'abside comporte des piédroits monolithes et un archivolte échancrée selon le tracé d'un arc plein cintre.

 

 

fenêtre de l'abside

Cette fenêtre-meurtrière présente également des traces de fresques, derrière le mur de séparation du choeur, malheureusement trop lacunaires pour qu'on puisse se faire une idée de l'iconographie.

 

 

 

 

traces de fresques

 

Dans l'embrasure de la fenêtre de l'abside, on peut également deviner des éléments d'inscriptions.

 

 

 

 

traces d'inscriptions

 

En y regardant bien, on découvre aussi un élément de fresque dans la fenêtre du mur nord, mais une poutre, dans sa chute, s'est malencontreusement encastrée contre le décor.

 

 

 

Des dalles plus soignées et plus larges renforcent les angles sud-est et nord-est de la nef. Il est certain que les murs latéraux ( éclairés chacun par une étroite fenêtre meurtrière rectangulaire) et la façade orientale ont subi des réfections ( vers le IX ème-X ème siècle ?).

 


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Pour terminer cette étude, nous tenons à signaler que l' "Associu Campà in Altiani" a entrepris de sauver de la ruine définitive cette chapelle San Michele.

 

Nous leur souhaitons une réussite complète.

 


 

Que cette chapelle soit dédiée à l'Archange San Michele, le Passeur d'Ames, explique qu'un cimetière soit mentionné en sa proximité, même si, pour l'instant on n'en a pas trouvé de restes.

Au-dessus de la chapelle règne le domaine de la pierre, car elle a été construite au pied d'un ensemble rocheux impressionnant, là où vivaient les premiers habitants du village originel, "u Petraghju":

 


 

 

 

 

 

 

Déferlements rocheux faisant souvent saillie, consolidés, ça et là, par des murets de pierre, l'endroit est "habité". Un peu plus haut, une fois franchi le chaos de pierres, de ronces, de racines entremêlées, des restes de construction signent l'occupation humaine ancienne.

Le peuplement d'Altiani ne date pas d'hier. Il ne serait pas plus étonnant que cela si l'on retrouvait, un jour, des traces, dans ce bastion rocheux, d'un peuplement plus ancien datant de l'époque pré-romaine. 


 

 

 

 

 

 

 

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